...Des larmes discrètes et le souffle coupé. Elle demande juste qu'on l'aide pour arriver à en finir et trouver enfin la paix...

Il ne s'agit pas d'elle, mais de lui ; lui que l'on doit enterrer.

Elle, elle a enfin une vie à vivre, même si elle refuse pour le moment de le savoir.

Lui est mort et elle, elle demande juste qu'on en finisse, qu'on la respecte dans le respect qu'elle, elle veut lui accorder.

Il n'est plus question de devoirs,comme quand elle devait se taire, devait subir, subvenir et accepter... Comme elle devait ne pas vouloir, ne surtout pas souhaiter en secret, qu'il finisse par mourir. "C'est ton mari après tout !" A force d'alcool, de virées nocturnes. De maladies non soignées. L'argent qu'elle lui donnait pour ce faire, lui devait du seul fait de son existence sur terre, finissant à chaque fois dans l'alcool et les cigarettes.

Toutes les fois qu'il quittait le domicile, que ses maigres moyens à elle entretenaient et payaient, elle viviat dans l'inquiétude. Troublante inquiétude, partagée qu'elle était entre un "et si il ne revenait jamais ?" et celle de son retour dans le même temps.

 

Il a finit par ne pas revenir. Il est mort comme il a vécu : à la charge des autres, sans en avoir rien à foutre, dans un quelconque hôpital de la région. Ca faisait des mois qu'elle le savait à la rue et qu'elle tentait de le ramener à la maison. Elle ne voulait pas qu'il puisse lui en vouloir, ni qu'on puisse lui reprocher à elle d'avoir abandonné son bourreau.

 

Aujourd'hui elle ne veut plus les écouter les autres, les sauveurs qui n'ont rien fait. Elle veut juste en finir et le faire bien. Lui accorder la paix qu'il n'a jamais entendue, et tirer un trait sur leurs douleurs. Il reste un être humain quelque part. Il. Reste. Un être humain. Et elle, elle veut rester un être humain aussi. Pas juste quelque part. Un être humain à part entière, qui veut faire la paix avec ses souffrances.

La veuve du bourreau a enterré son mari. Dans une concession familiale qui a fait taire tous les moralisateurs. C'était son mari, et c'est sa paix à elle aujourd'hui.

La victime porte ce jour plus d'humanité que tous les sauveurs réunis autour d'elle.