Il est tard dans le matin déjà, et trop dans sa vie à lui qui n'est plus. Sa famille n'a pu que constater en arrivant chez lui, que plus rien ne lui appartenait, jusqu'au souffle qui l'avait quitté dans la nuit.

Après l'effroi, l'incompréhension, peut-être un peu l'abattement aussi, s'envient le " Que fait-on ?"

Le médecin de famille peine à répondre, on le sait occuper, alors on insiste quand même un peu, jusqu'à ce qu'il décroche.

Il est 10h00. 1h déjà qu'ils sont là, à tourner en rond, à ne plus oser lui faire face. Et le médecin qui répond... que non, il ne peut pas venir. Faut appeler le SAMU, ils vous trouveront quelqu'un. Moi je ne peux pas m'absenter comme ça, comprenez bien.

Bah oui, ils comprennent bien. Les vivants n'attendent pas eux.

Mais en attendant, ils font quoi les autres, eux, qui veillent un corps encore à peine chaud et si brûlant pourtant sous leurs mains qu'ils peinent encore à tendre ?

SAMU, SOS Médecin, suivant les conseils de chacun...on appelle, on explique. "Non, il n'y a pas urgence. Oui il est décédé, 100 fois, même si l'on préfèrerait cesser d'espérer. Aucun souffle, aucun battement. Non. Je comprend. Vraiment. Pas d'urgence..."

Elle est baladée ma famille, avec son mort sur les bras dont personne ne veut.

Il est 12h00 passé, les médecins du voisinage ne passeront pas non plus sur leur pause déjeuner, pour ceux qui en ont encore une. On ne sait plus vers qui se tourner, même les Pompes Funèbres sont démunies. Sans urgence vitale, le médecin peine à prioriser 5 minutes pour acter ce qui a peut-être pris encore moins de temps, mais qui est train de dévorer le 1er jour de deuil d'un petit bout de famille. On fait tous les médecins de la ville, on rappelle le SAMU, parce que de tous, ça aura quand même été eux les plus compréhensifs.

Mais non. Rien à faire.

La mairie n'est pas plus victorieuse. Les portes se ferment une à une cependant que celle de "ma" famille reste désespérément ouverte sur 2 absences qui ne comblent même pas un vide. On tourne encore en rond, on se demande en mairie comment réquisitionner un médecin ; on nous rit au nez sous la menace, on pleure avec nous et on comprend, ...mais les vivants... vous comprenez, les vivants quoi. Il n'y a plus urgence pour cet autre là.

16h00 enfin. Un médecin. Qui arrivera d'ici... une trentaine de kilomètres.

C'est long trente bornes à cette heure dans ma région. C'est long tout court, mais ça finit par arriver. Avec le papier magique, la signature et le soulagement de pouvoir enfin... commencer tout ça.

 

 

 

C'est pas la première fois, ce sera pas la dernière. Ça se répète à loisir et ça se murmure chez les professionels : jamais ils ne constatent un décès ; une personne inconsciente tout au mieux..."de toutes façons, on sait jamais trop, on est pas médecin nous, 'voyez..."

Parce que tu comprends, les morts...bah ils attendent plus. Alors ils peuvent bien attendre encore.

Et puis la vérité aussi, c'est pas moi qui le dit, c'est l'Ordre des Médecins qu'on a finit par interpeler à ce sujet là tu vois, ... la vérité c'est que ça va pas aller en s'arrangeant. Parce que les médecins, on en a de moins en moins, à qui on demande d'en faire de plus en plus. Et que les vivants, ça reste quand même, dieu merci, leur priorité.

Alors on fait quoi à part s'impatienter et pleurer de ne pouvoir pleurer ?

C'est la dame du SAMU qui a finit par nous apporter, le lendemain de ce jour là où je n'en pouvais une fois de plus, plus de ne pouvoir aider.

Alors oui, c'est au médecin traitant que revient cette charge là. Et si il s'en décharge, quelle qu'en soit la raison ?... Les médecins, via SOS Médecin, ont un devoir de permanence de soins, qui démarre à 18h00 (en règle générale... j'ai cru comprendre qu'elle peut varier selon les secteurs. Mais en gros, c'est "Soir/nuit, weekends et jours fériés) Après un appel au 15 qui enregistre la demande, puis à SOS Médecin, le 1er disponible à 18h00 devrait se présenter au domicile du défunt .L'idée étant d'appeler vers 17h00 .Quand t'es là depuis 09h00 du matin, ça paraît le bout du monde, mais au moins, ça donne un but quelque part.

(on parle là de décès à domicile, qui ne laissent plâner aucun doute. Un sommeil qui n'en finira jamais, pas de violences, pas de suspicions ou suspect, autre que la vie elle-même. Rien qui implique une réquisition, une présence policière ou un affolement général. Une mort tranquille quoi. Qui n'en finit pas)

 

Article 77 - Permanence de soins - obligations

Article R.4127-77 du code de la santé publique Il est du devoir du médecin de participer à la permanence des soins dans le cadre des lois et des règlements qui l'organisent

https://www.conseil-national.medecin.fr